Il avait un nom. Mais d'autres en ont décidé autrement.
« Grain de riz », collaborateur vietnamien au service de la famille Balkany à la mairie de Levallois-Perret, est arrivé en France en 1984. Il y est mort en 2025. Pour s'intégrer, son prénom avait été changé en Maurice. Un nom français, comme un passeport symbolique, censé le faire exister autrement que comme étranger. Mais la plaisanterie a précédé le respect. Son surnom, lancé avec un sourire, a collé à sa peau plus solidement que son nom d'adoption. Grain de riz : minuscule, rond, interchangeable. On efface l'homme pour n'en garder qu'un signe, une texture, une couleur.
La collection Grain de riz part de là, de cette réduction, de cette invisibilisation derrière un mot. Chaque pièce tente de rendre à Maurice ce qu'on lui a pris : le droit d'être singulier, entier, irréductible. Les tissus sont transparents, exhibant ce que l'on voudrait cacher. Le corps devient surface d'exposition, peau tendue sur laquelle s'inscrivent des symboles religieux détournés, imprimés sur la chair visible. Le blanc et le noir se confrontent comme le double visage d'une même violence : celle qui sanctifie d'un côté, celle qui condamne de l'autre. Les slogans ne sont pas des cris de révolte, mais des prières inversées. Le vêtement ne protège pas, il expose, et fait de celui qui le porte un martyr volontaire.
Cette collection est un témoignage, elle rappelle ce que le langage fait au corps, ce que la moquerie grave dans les vies. Grain de riz parle de ce qui reste quand le nom s'efface, non pas un souffle fragile, mais une présence obstinée, qui refuse de disparaître même lorsqu'on l'a réduite à rien.
He once had a name. But others decided otherwise.
"Grain of rice," a Vietnamese collaborator working for the Balkany family in Levallois-Perret, arrived in France in 1984. He died there in 2025. To fit in, he changed his first name to Maurice. A French name, a symbolic passport meant to grant him belonging. But the joke came before the respect. The nickname, tossed out with a smile, stuck to his skin more tightly than the name he had chosen. Grain of rice: small, round, interchangeable. The man was erased for a sign, a texture, a color.
The Grain de riz collection begins here, with this act of erasing, this quiet violence of naming. Each piece seeks to return to Maurice what was taken from him: the right to be singular, whole, and irreducible. Transparent fabrics reveal what others would rather keep hidden. The body becomes a surface of exposure: skin stretched taut, marked with reimagined religious symbols, printed on visible flesh. Black and white confront each other as the twin faces of the same violence: one that sanctifies, the other that condemns. The slogans are not shouts of rebellion, but inverted prayers. Here, clothing does not protect: it reveals. It turns the wearer into a willing martyr.
This collection stands as testimony. It remembers what language does to the body, what cruelty etches into a life. Grain de riz speaks of what remains when a name disappears. Not a fragile echo, but a stubborn presence that refuses to vanish, even when reduced to nothing.
%20Julien%20Mouffron-Gardner-0101%20(1).jpg)